RWANDA
En kinyarwanda les mots ethnies et races n’existaient pas lorsque les colons belges ont repris en main ce petit pays au cœur de l’Afrique. La métropole soucieuse de classification s’est basée sur « celui servant à désigner le clan : ubwooko. Or dans un même clan se retrouvaient des Rwandais de toutes les classes : Twa, Hutu, Tutsi… Pour mener leur tâche à bien, les employés de l’administration coloniale reçurent alors la consigne suivante : il s’agissait de demander le nombre de vaches que possédait le Rwandais interrogé, car celui qui possédait au moins dix vaches était à considérer en tant que Tutsi, et celui qui en possédait moins était Hutu ! C’est ainsi que fut racialement étiquetée la totalité de la population rwandaise… Des frères, enfants de mêmes père et mère, se retrouvèrent classés dans des races opposées. Ce sont les descendants de ces étiquetés qui à plusieurs reprises dans l’histoire ultérieure du Rwanda se massacrèrent à la machette ! »[1]
L’histoire des ethnies se résume souvent à pas grand-chose d’autre dans nombre de pays africains, et l’Occident a beau jeu de qualifier d’ethniques tous les troubles du continent noir. L’Homo Sapiens de Sarkozy (discours de Dakar du 26 juillet 2007) n’est finalement pas très loin, et l’accusation pas trop isolée.
KWASSA-KWASSA

Un bateau battant pavillon de Saint-Vincent et Grenade, le Maria Galanta, après avoir été interdit de mouillage dans les ports comoriens pour soupçons de déstabilisations politiques, reprend ses rotations « touristiques » entre Mayotte et Anjouan.Trois fois par semaine, le Maria Galanta reconduit à Anjouan un lot d’illégaux qui a la malchance d’être né du mauvais coté du choix français. Ces comoriens ont l’idée saugrenue de vouloir simplement survivre au sein d’un archipel qui fait les frais de près de cinquante ans d’intérêts cyniques de notre chère démocratie française.
Dans deux articles déjà, j’ai donné mon point de vue sur cette drôle d’attirance mahoraise pour la France (« la démocratie du coucou » et « bon client »), et je ne pensais pas devoir y revenir.
DSK AU GHANA

« L’inflation mondiale file des boutons au FMI ». Le quotidien Libération publie un article ainsi titré… sans ironie aucune, apparemment. Propagande ou inconscience ? Dominique Strauss-Kahn s’emmêle les pinceaux en explications outragées.
Pendant ce temps, les diplomaties du Monde entier s’interrogent sur le bien-fondé d’un mandat d’arrêt pour crime de génocide que la Cour Pénale Internationale pourrait émettre à l’encontre du président soudanais, Omar El Béchir. Les médias s’en trouvent tout agités.
Même excitation récemment lors de la dernière présidentielle zimbabwéenne, à propos du hold-up électoral de Robert Mugabe.
Pour quelle raison suis-je agacé par ces mensonges et platitudes ?
Il suffirait pourtant que je me rappelle que les médias en général ne sont que des boutiques de divertissements, voire de communications, et rien de plus, et le tour serait joué. Mais cette idée me déplait tant que je tombe dans le piège à chaque fois.
Une chose est certaine et n’est sans doute pas due qu’au hasard : Pendant ces badinages, les spéculateurs ne sont pas au-devant de la scène et peuvent continuer leurs magouilles tranquillement.
Une de ces dernières combine en date : transformer le Ghana en paradis fiscal.
ZIMBABWE
Depuis le début de la crise zimbabwéenne, la presse internationale s’offusque du non-engagement du président sud-africain, Thabo Mbeki, qui continue de donner un blanc-seing à Robert Mugabe, en ne se prononçant pas ouvertement dans cette affaire. Il faut traduire évidemment « en ne se prononçant pas ouvertement contre Mugabe », donc en ne prenant pas le parti de l’Occident, qui comme toujours est persuadé de détenir la Vérité. Tous les articles de presse tournent autour de la même obsession. Le journal sud-africain Mail & Guardian s’est lui aussi pris au jeu, et ne dit pas autre chose.
La Zanu-PF, le mouvement politique de Mugabe, qui s’est battue pour l’indépendance du Zimbabwe, a un lien au moins symbolique avec l’ANC de Nelson Mandela. Toutes les deux se sont battues contre un pouvoir blanc raciste. Première explication, et l’unique évoquée par la presse pour justifier le silence du président sud-africain.
Le régime ségrégationniste de Ian Smith en Rhodésie du Sud (qui prit le nom de Zimbabwe le jour de son indépendance, le 18 avril 1980) n’avait rien à envier à la politique d’apartheid de Frederik de Klerk et de ses prédécesseurs.
BIDONVILLES

Lors de la dernière foire international d'Art Contemporain qui se tenait en Suisse (Bâle), journalistes et exposants se sont étonnés des ventes records des productions proposées. Comment pouvait-il se faire que, dans ces temps de vaches maigres pour de nombreuses populations et du fait du prix exorbitant du pétrole, certains avaient encore suffisamment de moyens pour acquérir bibelots et autres peintures, géniaux ou futiles, mais néanmoins si chers ?
C’est effectivement extrêmement étonnant, non ?
Dans un précédent article (Fatal Augure), je rappelais que le hasard n'avait pas vraiment sa place lors de nombreuses famines qui ont jalonné notre passé, mais bien plutôt le calcul économique. C’était et c’est mon opinion en tout cas. Et en ce qui concerne les problèmes actuels de vie chère et de famines à venir, les ventes exceptionnelles de la foire de Bâle, ne nous montrent pas autre chose : certains souffrent de la faim alors que d'autres sont toujours plus riches. Si je veux rester cohérent avec ce que j'ai déjà écrit, et manifestement je n'ai aucune raison de ne pas le rester, je peux écrire : certains souffrent de la faim parce que d'autres sont toujours plus riches. Quant à l’argument d’une soi-disant pénurie alimentaire au niveau mondial, il est soit malhonnête, soit récité par des ignorants.
Mauvaise répartition tout au plus.
FATAL AUGURE

Il ne faut rien comparer, c'est ridicule. Pourtant la rocambolesque équipée du voilier de luxe, le Ponant, récemment arraisonné par de méchants pirates, aux larges des côtes somaliennes, est trop sidérante de naïveté. A l'opposé et peut-être du fait de cela, il faut s'interroger sur la fatalité des famines qui pourraient frapper bientôt de nombreux pays d'Afrique et d'ailleurs.
Depuis plus de 10 ans que la Somalie erre à la recherche d'une hypothétique paix, le passage aux larges de ses côtes est connu pour être une loterie, où il est difficile de passer sans dommage. Même des navires de guerre en ont fait les frais. Ce n'est pas sans raison que de nombreux bateaux de plaisance demandent assistance à nos chers bidasses basés à Djibouti, pour les accompagner un bout de chemin. Pourquoi ce flamboyant voilier a voulu faire le malin ? Je conseille à son capitaine, de se munir de ses plus beaux atours et de traverser ainsi vêtu un bidonville. Je ne suis pas certain qu'il en sortira aussi joli qu'à son entrée.
D'où vient cette arrogance ? Ces gens-là croient-ils réellement que le pouvoir d'achat immunise contre tout, et qu'il les rend si magnifiques que tout le monde ne pourra que s'extasier devant leurs beautés ? Que l'éclat d'émerveillement au fond des yeux des miséreux remplacera le repas qui se fait attendre depuis plusieurs jours ?
UNE PRECIEUSE GOMME

A la toute fin du 19ème siècle, la demande de caoutchouc sur les marchés occidentaux a fait la fortune de Léopold II, roi des belges. La population de l'Etat indépendant du Congo a été ravagée pendant plusieurs décennies pour cultiver toujours plus d'Hévéa, pour apporter à ses colonisateurs européens toujours plus de latex. A plus d'un siècle de distance, une autre exsudation arboricole, intéresse certaines grandes firmes internationales.
Je ne reviendrais pas sur cette période atroce de l'actuelle République Démocratique du Congo, elle a été le sujet d'un précédent article (Caoutchouc amer). Une autre “sève”, récoltée principalement un peu plus au nord de la RDC, au Soudan, intéresse fortement deux grandes multinationales. Elles sont toutes deux états-uniennes, et toutes deux fabriquent du soda : Coca-Cola et Pepsi-Cola. Il s'agit de la gomme arabique, connu aussi sous le doux nom d'E414. Solidifiée naturellement dans le fruit de certains acacias ou présente dans la sève de ces arbres, cette fibre naturelle aurait des vertus que nos deux grandes multinationales ne sauraient pas, ou difficilement, synthétiser.
EXILEZ-VOUS
En 1986 lorsqu'il avait demandé au porte-parole de sa mère ce qu'il pouvait faire pour aider à la réélection de celle-ci, il s'était entendu répondre : “Exilez-vous“. La personne visée par ce conseil c'était le fils de Margareth Thatcher, Sir Mark, et la réélection à soutenir était bien sûr celle de sa mère pour le poste de premier ministre du Royaume Uni. Manifestement sa mère et son entourage ne se sont jamais fait d'illusion sur le personnage.
Mark Thatcher, baronet en titre du Royaume Uni, ancien VRP, mannequin, pilote du Paris Dakar et des 24 heures du Mans, est rattrapé par les “affaires”. Et sa maman se fait des cheveux blancs, enfin il parait. En 2005, elle avait dû verser une caution de 380 000 euros à la justice sud-africaine, pour éviter la prison à son fiston. Ces jours-ci, la Guinée équatoriale vient de lancer un mandat d'arrêt international contre lui.
Le motif de toute cette agitation et versement d'argent : Mark Thatcher aurait fomenté un putsch contre ce petit état du golfe de Guinée en 2004. Arrêté par les autorités sud-africaines en août 2004, il aurait déclaré pour sa défense : “Je ne suis pas dans l'achat et la vente d'équipement militaire, je suis le directeur d'une compagnie de distribution de carburants et de produits pétroliers ». Nous voilà rassurés.
BON CLIENT

Encore une fois, je ferais une supposition. Le passé pas très glorieux de divers pouvoirs français dans les îles des Comores, laissent courir l'imagination facilement.
Mohamed Bacar, l'ex-président d'une de ces îles, est arrivé en France (Mayotte), clandestinement, et sans doute armé, avec une vingtaine de ses gros bras, sans que cela ne semble poser d'énormes problèmes à l'administration française. Pourquoi ?
Ce brave clandestin, qui est arrivé au pouvoir de la petite île d'Anjouan par la force et s'y est maintenu grâce à des élections contestées en 2002 et 2007, a soumis l'île a son bon vouloir pendant près de 7 ans avant de s'en faire expulser. Pour certains lecteurs français qui ne s'intéressent pas à cette région du monde et encore moins à son passé récent, tout cela doit apparaître comme un des soubresauts habituels et violents qui ponctuent l'histoire des pays africains, décidément bien joueurs et irresponsables. Et sans doute que la France, en accueillant ce “président déchu”, et certainement en lui accordant l'asile politique, ne fait que respecter sa grande devise d'Egalité. Comme l'a dit hier Mme Briot, avocate de Mohamed Bacar, suite à son jugement à Saint Denis (Réunion), vite réglé et sans suite pour l'instant, la France est la patrie des droits de l'homme. Donc, donc.
MAPINDUZI
Et si les manœuvres barbouzardes de notre cher pays pour protéger d'éternels dictateurs africains n'avaient pas ou plus comme unique raison la captation à moindre frais de ressources minérales, mais une autre affaire qui pourrait s'avérer d'importance avec le temps ? Dans ce cas, le soutien officiel de l'ONU à la France que j'ai évoqué dans mon précédent article, pour son ingérence militaire au Tchad, ne sera pas un cas isolé et paraît enfin compréhensible.Au-delà du Tchad, de nombreuses étincelles, qui pour certaines se sont transformées en feu de “pailles” et de terreur, s'allument en ce moment sur le continent africain. La plus triste et importante d'entre elles est bien sûr celle du Kenya. Qu'un simple désaccord post-électoral entre Odinga et Kibaki se soit transformé en un gigantesque conflit (ethnique, pour nos chers lecteurs occidentaux) ayant causé au moins un millier de morts, devrait faire réfléchir.
Au même moment ou presque, des manifestations plus ou moins violentes se sont déroulées dans le sud du Burkina Faso et au Cameroun. Si à Bobo Dioulasso ces affrontements sont restés non violents, rien que dans les villes de Douala et Yaoundé, le nombre de morts dépassent la quarantaine.
Et cela pour les manifestations qui ont été connus. Mais j'ose parier qu'elles ne sont pas les seules actuellement.
HADITHI

On connait l'histoire des tiraillements éternels entre les états pour des intérêts que l'on qualifie de “géopolitiques”, et qui ne sont finalement rien de plus que des intérêts de pouvoir, de gros sous. Déstabiliser un régime pour mettre en place une dictature amie est monnaie courante, mais cela est toujours déguisé et avoué que bien plus tard. Enfin en principe…
Car ce déguisement n'est utile que dans le cas où il y a risque de critique. Critique d'une opinion publique, qui en serait informée. Mais si l'opinion est complètement aveugle et même favorable à un coup de force, pourquoi le cacher ?
L'invasion de l'Irak, sous prétexte de détrôner Saddam Hussein et de se venger des attentats du 11 septembre 2001, en est l'exemple typique. 3 à 4000 morts new-yorkais ont justifié cette guerre dans un pays qui n'avait que peu de rapport avec le terrorisme islamique, nouvelle bête noire d'un certain pouvoir états-unien. L'URSS ne pouvant plus servir d'épouvantail, pourquoi pas l'intégrisme islamique ? Cette interrogation paraît sans doute odieuse pour nos fameux experts en géopolitiques, trop soucieux d'entourer toutes ces gesticulations meurtrières par des thèses érudites sans fin. La prochaine émission de télévision les invitera pour raconter la suite, interminablement, jusqu'au prochain sujet… C'est un métier après tout, la géopolitique.
LA LEÇON DE LILONGWE

Dans les années 2001–2002, de nombreux pays d'Afrique australe ont traversé des famines tragiques. Le Malawi n’y a pas échappé. Dans ce petit état de 10 millions d’habitants, coincé entre la Zambie, la Tanzanie et le Mozambique, plusieurs millions d’entre eux ont fait les frais de mauvaises récoltes, et surtout d’une politique un peu trop libérale, prônée par le couple infernal, Fonds Monétaire International – Banque Mondiale.
Pourtant une situation pas très différente s’était produite en 1992, et les conséquences n’avaient pas pris le tour dramatique qu’elles ont eu 10 ans plus tard. Les grands argentiers internationaux n’avaient alors pas encore sévit sur ce petit pays, et l’agence gouvernementale qui gérait les réserves nationales alimentaires, avait pu distribuer suffisamment de nourriture. Cette époque était bien révolue 10 ans plus tard, et lorsque le besoin s’en était fait sentir, le stock de l’agence était étrangement incapable de fournir quoique ce soit en suffisance. Les affamés restèrent affamés.
HARAMBEE

Les médias semblent condamnés à suivre les propagandes politiques. Pourquoi sans cesse parler de conflits ethniques dès qu'il est question de l'Afrique ? On connait trop les dégâts que cela a provoqués dans un pays voisin du Kenya : le Rwanda… et on sait aussi comment cette soi-disant ethnicité a été créée et pourquoi. Les problèmes actuels en Belgique entre wallons et flamands ne seront jamais des conflits ethniques. Pourquoi ?
Mwai Kibaki est loin d'être un démocrate, il tient au pouvoir, personne ne semble vouloir comprendre cet entêtement, bien universel pour le coup.
S'agissant de l'Afrique, il est de bon ton de montrer à chacun une connaissance du terrain : Les africains s'entretuent, bien entendu ce ne peut être que tribal. D'ailleurs ils n'ont pas l'exclusivité de cet atavisme : les combats dans les pays de “l'axe du mal” (Irak, Iran…) ont généralement la même origine, dit-on. Etonnant quand même que ce particularisme attaché à de nombreux peuples qui n'ont pas la chance de naître en Occident. Je n'oserais pas rappeler que l'étude des groupes humains, dont l'ethnologie a fait son fond de commerce, est une spécialité bien occidentale. Drôle de coïncidence tout de même. Que cela serve à justifier l'éternel fardeau de l'homme blanc, sa grande mission de “civiliser” et de redessiner à son image, ceux qui ne lui ressemblent pas et qui vivent différemment, n'est sans doute qu'un pur concours de circonstances. Les belges, que j'évoquais en introduction, sont bien trop blancs, pour tremper dans de telles sauvageries. Pourtant la courte histoire de leur pays n'a rien de bien exemplaire.
ZOE SUITE ET FIN ?

Idriss Déby est décidément bien malin. Le président tchadien aura fait de la dentelle de bout en bout dans cette affaire de l'Arche de Zoé. Son homologue français, bien malgré lui, a été le dindon de la farce. Il n'est pas étonnant que la presse hexagonale, derrière ou plutôt devant une opinion publique scandalisée, s'est efforcée de diaboliser un humanitarisme qui n'en est finalement plus un. Les à-côtés du décor n'avaient rien de bien glorieux.
Notre époque est à l'immédiat et à la surenchère constante, comment s'étonner alors que l'ONG 'Children Rescue' métamorphosée pour la circonstance en 'Arche de Zoé', ait confondu vitesse et précipitation ? Cette opinion publique française qui court de plus en plus après une possession à bon marché, ne devrait peut-être pas s'offusquer des conséquences fâcheuses de ses pulsions consommatrices. Acquérir des téléphones portables, des voyages, de l'émotion, sans trop dépenser et s'investir, voilà la bonne affaire. De la misère, des larmes et tout s'emballe. Sauver des enfants dans un Darfour à feu et à sang, quoi de plus louable ? Sauf que la manière, la méconnaissance du terrain et de la corruption politique tchadienne et française, feront tout capoter. Eric Breteau, fondateur de L'Arche de Zoé est allé, lui aussi, un peu trop vite. Cela, certainement accompagné d'un brin d'arrogance et de l'assurance d'avoir raison qui va avec, a détruit de nombreuses illusions, et peut-être pas seulement françaises.
WHAT ARE YOU TALKING ABOUT ?

La gourmandise et l'inexpérience m'avaient rendu minable au-delà de tout. Je venais de passer une nuit éprouvante et sans sommeil. Le safari matinal se ferait sans moi. Je préférais rester allonger encore quelques heures, avant le retour (quotidien) de la chaleur.
Alors que j'écoutais patiemment les gargouillements de mon ventre, qui se faisaient de plus en plus faibles, un des employés kenyans de la réserve vint me proposer de l'accompagner pour visiter une forêt toute proche, de l'autre coté de la frontière, à moins de cent kilomètres de là. Il s'agissait de la forêt de Mabira, en Ouganda. Si je n'avais pas accepté de le suivre, je n'aurais peut-être plus jamais eu l'occasion de voir cette forêt. L'industrie de l'huile de palme et des biocarburants a besoin d'espace pour se développer, et quelques arbres en plus ou en moins, ne fait pas partie de leurs préoccupations.
PROPAGANDE DURABLE
L’arrivée de Kadhafi à Paris dans quelques jours, rend nerveux politiciens et entrepreneurs français. De gros contrats sont manifestement attendus. Les idéalistes de gauche, dangereusement humanistes, n’ont pas de quoi s’époumoner. Il leur faut se rendre à l’évidence : La politique africaine de « grand papa » est belle et bien rangée dans des cartons, soigneusement clos.
Oublié le temps où un président français se permettait de recevoir un Mobutu ou un Taylor, aux sommets de leurs barbarie. Oublié le temps où, en pleine préparation d’un génocide dont il ne pouvait rien ignoré, un autre de nos présidents, recevait les artisans de ce massacre à venir.
Rama Yade, actuelle secrétaire d’état auprès du ministre des Affaires Etrangères, l’affirme et soutient notre chef de l’état : C’est fini.
CAOUTCHOUC AMER

“La conquête de la terre, qui signifie principalement la prendre à des hommes d’une autre couleur que nous, ou dont le nez est un peu plus plat, n’est pas une jolie chose quand on la regarde de trop près.” Qui n'a jamais entendu ces mots extraits du roman de Joseph Conrad, “Au cœur des ténèbres” ? La phrase qui suit immédiatement, est un peu moins connue, ou un peu trop. Elle revendique une idée, une seule, qui justifierait ces aventures coloniales. Les puissances européennes ont choisi de l'appeler “Civilisation”.
Lorsqu'en 1899, Joseph Conrad publie ce roman, témoignage vécu des brutalités faites aux congolais, des voix commencent à s'élever contre les horreurs de la colonisation belge.
CLUB MED CUBAIN

Dès que j'entends des touristes bronzés ou rougeaux, évoquer leur voyage formidable, rempli de découvertes, dans un Club Med de n'importe quel paradis pour occidental, je m'oblige à bâiller pour qu'ils comprennent que le sujet ne m'intéresse pas. S'ils insistent, et pour m'éviter une discussion qui ne mènera à rien, je redouble de bâillements. Et à chaque fois, comme Proust et “ses madeleines”, un souvenir m'envahit.
De nombreuses années ont passé depuis cet épisode, mais je me souviens très bien de cette matinée sur une plage cubaine, à Varadéro. Je devais passer quelques jours dans cette enclave pour touristes, et je trouvais le temps un peu long. Quelques souvenirs, un sourire surtout, sont attachés à ce séjour, sans lesquels cet épisode serait bien moins précis. Je me revois, assis dans le sable, comme si c'était hier.
RIEN DE NEUF SOUS LE SOLEIL

“J'ai été très déçu lorsque j'ai appris que Kadhafi allait venir sur le territoire d'un pays libre comme la France, qui n'a rien à voir avec ce régime dictatorial. Tout le monde essaie de caresser le régime libyen dans le sens du poil“. Le docteur palestinien Achraf Joumaa Hajouj, emprisonné avec cinq infirmières bulgares pendant plus de huit ans, en Libye, s'étonne d'une alliance contre-nature…
Une alliance contre-nature ? Vraiment ? Si l'on veut bien se rappeler de la grande affaire médiatique des semaines passées, on pourrait aussi être étonné de la facilité avec laquelle, Nicolas Sarkozy a fait libérer les journalistes et les hôtesses de l'air, qui accompagnaient l'ONG “l'Arche de Zoé”. Au moment même où l'avion présidentiel atterrissait à l'aéroport de Ndjamena, l'annonce de cette libération était annoncée. A se demander si l'aller-retour de notre cher président a servi à quelque chose ? Dimanche matin 5 novembre, alors que Nicolas Sarkozy avait encore la tête dans les nuages, les juges tchadiens ont été contraints à un simulacre de procédure pour officialiser ecs libérations. Quant au substitut du procureur, qui a résisté aux injonctions du pouvoir, il a depuis, été relevé de ses fonctions.
QUERELLE POUR UN CHAMEAU

“All that Mercedes-Benz, all that food… I think all that is not good“.
Il faut craindre que les pourparlers de paix pour le Darfour, qui viennent de se tenir à Syrte en Libye, ne laissent pas d'autres souvenirs que ce trop-plein de richesses, dénoncé par le chef d'un groupe armé en rébellion contre Khartoum.
Aurait-il pu en être autrement ? Sous le regard accusateur et important de Mouammar Kadhafi, les quelques représentants des forces, que l'on appelle rebelles, ne devaient pas être très motivées ou très à l'aise. Apparemment, peu ou pas de personnes dans les médias, n'a vu l'ironie de tenir des pourparlers de paix dans cette ville libyenne[1]. Peut-être n'y en avait-il aucune, et que je me suis fait des idées. Nos grands diplomates ont sans doute un avis définitif sur la question, espérons.
MOUAMMAR, BLAISE ET LES CHAMEAUX

Des amies m'avaient entraîné devant le nouvel édifice. Je leur avais répété mille fois, que cela me n'intéressait pas, elles souhaitaient plus que tout me montrer ce qui ce faisait de mieux dans leur ville.
La capitale du Burkina Faso, allait bientôt inaugurer un palais présidentiel magistral. Kadhafi avait mis la main à la patte, et sans doute en souvenirs des coups tordus passés et à venir, faits ou à faire avec son ami Blaise Compaoré, il lui offrait ce petit bijoux. En fait de petit bijoux, je me retrouvais devant un palais des milles et une nuit. Nous étions dans le nouveau quartier résidentiel de Ouagadougou, qui portait le doux nom de Ouaga 2000, et rien n'était laissé au hasard. Pour compléter la carte postale de ce château oriental, des chameaux se promenaient dans les jardins royaux. Je croyais voir un mirage. Et même une oasis : Les chameaux tournaient nonchalamment autour d'un grand bassin, au centre duquel jaillissait un beau et grand jet d'eau. Pourtant, il m'était arrivé de passer plusieurs fois devant l'ancien palais présidentiel, qu'occupait encore le chef de l'état burkinabé, et il brillait encore comme un sou neuf.
En nous approchant de ce palais de marbre, nous tombâmes nez à nez avec deux militaires, lourdement armés, qui voulaient savoir ce que nous cherchions. Leur question était évidemment ridicule, le bâtiment étant construit au beau milieu d'un immense terrain vague et, à l'époque tout du moins, il était bien seul. J'avais bien envie de plaisanter avec eux, mais sans doute par manque d'à propos, je n'en fis rien. Au grand soulagement des amies qui m'accompagnaient d'ailleurs. Et je risquais seulement un timide “ils sont à qui, les chameaux ?”.
Ils ne prirent pas la peine de me répondre. La discussion était close.
SENTINELLE, QUE DIS-TU… ?

Quelques heures nous avaient suffit pour rejoindre Lomé depuis Cotonou. La nuit tombait déjà sur la capitale togolaise, lorsque je la découvris pour la première fois. La voiture freina un peu son allure : les rues de la ville étaient encore bien animées. Les taxi-motos, qu'on appelle les Zémidjan, moins nombreux peut-être qu'à Cotonou, nous doublaient des deux cotés, par grappes compactes.
Le conducteur de notre véhicule, un cousin des béninois et béninoises qui m'accompagnaient dans cette petite ballade, connaissait la ville comme sa poche. Il faisait constamment des va-et-vient entre les diverses capitales de la sous-région pour le pouvoir béninois d'alors. Travaillait-il pour le renseignement du président Kérékou, comme on me l'avait laissé entendre ? La réponse ne tarda pas à arriver.
BONJOUR VAZAHA

Le véhicule qui nous emporte toujours plus loin de la capitale et de son agitation, dévale la route qui descend des hauts plateaux malgaches vers la côte Ouest du pays, avec une insouciance qui n'a rien de rassurant. Quelques heures plus tard, je comprendrais la raison de cette course contre la montre.
La musique assourdissante du vieil autoradio ne dérange pas mes voisins d'infortune et ils ne semblent pas conscients du danger de la route. Ils dorment presque tous : c'est l'heure de la sieste. Nous sommes entassés à dix dans ce véhicule de cinq places, et à chaque virage, tout l'équipage bouge comme un seul homme. Je ne comprends décidément pas où ils vont chercher ce détachement.
CHANTIERS NAVALS

Parler de bateaux et de marins, invite immanquablement au voyage. C'est ce que je pensais en cette après-midi d'octobre 1999. J'étais assis depuis plus d'une heure dans une de ses maisons désolées, et à moitié détruites, qui avaient autrefois fait la fierté des portugais qui s'y étaient installés. Ces ruines trônaient encore fièrement sur les derniers mètres de terre de l'extrême Nord de l'île de Madagascar. Après c'était l'Océan Indien : La grande baie de Diégo Suarez me faisait face, et elle me fascinait. Il était 14 heures, le soleil cognait fort et les bateaux se faisaient rares. A l'endroit où je me trouvais, je ne voyais pas le port de la ville, un peu en retrait de la baie, sur ma droite, mais je devinai aussitôt qu'ils venaient de là.
DES MEDECINS POUR OBO
L'objectif de ce blog est avant tout de raconter, et de donner mon avis, sur des évènements vécus ou constatés. Je dérogerai pour une fois à cette habitude : Après avoir lu une dépèche de presse 'chinoise', je ne peux me retenir de la communiquer, et de la recopier tel que. Mon texte sur le Gabon, et mon opinion sur Omar Bongo (OBO ou UBU ?) du 15 septembre, sont malheureusement confirmés par cet article. Sur le million et demi d'habitants que compte ce pays, près des deux tiers ont moins de vingt ans, et recherchent désespérément une activité. S'il le voulait, le pouvoir aurait les moyens de former suffisamment de médecins pour toute la sous-région, au lieu de se replier sans cesse sur l'aide extérieure. Cette politique d'assistance délibérée a ses raisons et encore tant de soutiens, en commençant par celui de notre cher pays.
DROLE D’AVENTURIER

La salle d'attente de l'aéroport n'avait rien de bien excitant, et les six heures de transit promettaient d'être pénibles : Le vol pour Maputo et le Mozambique allait se faire désirer. Mes insomnies aériennes commençaient à se faire sentir, et je rêvais d'un peu de repos. Malheureusement les circonstances en décidèrent autrement, et je devais vite me rendre à l'évidence que je ne pourrais pas dormir : Ma chaise n'avait pas de dossier. La salle d'attente étant minuscule, je vis d'un seul coup d'oeil, que toutes les autres étaient occupées et jalousement gardées. Pas la peine d'espérer quoique ce soit de ce coté-là, et quitte à rester éveillé, il fallait trouver une occupation.
FAUSSE ALERTE
Encore une fois, la justice française nous a montré l'étendue de son indépendance. Dès qu'il s'agit de politique étrangère, et particulièrement de celle de l'Afrique, elle se retrouve plombée par la raison d'état… Pourtant, depuis quelques mois, elle semblait enfin avoir trouvé un peu d'air. Notre glorieuse raison d'état laissait faire, comme si soudain, elle était lasse d'avoir trop interdit et mentit. Quelques exemples m'avaient poussé à le croire :
En janvier dernier, le refus de l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) d'accorder le statut de réfugié à la veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana[1], semblait marquer un virage dans la mainmise du Quai d'Orsay, sur la sinistre affaire rwandaise. La raison officielle de ce rejet, était la supposée participation d'Agathe Kanziga, veuve Habyarimana, dans l'organisation et la préparation du génocide. Dans les années 1990, la politique extérieure française était tellement différente : dès le début des massacres, l'état français avait discrètement rapatriée Agathe dans notre beau pays. Arrivée à Paris, elle était logée et pourvue financièrement[2].
OBO ou UBU ?

En ce mois de mai 2005, je débarque au Gabon avec l'assurance de découvrir un pays bien entretenu, où tous les gens sont contents de leurs privilèges et bien nourris. Lors de tous mes précédents voyages en Afrique, ce petit pays m'avait toujours été décrit comme riche, avec un niveau de vie élevé. Je connaissais un peu l'histoire du Gabon, et cela m'étonnait, mais on me l'avait tant de fois répété, que je m'en étais convaincu.
En sortant de l'aéroport de la capitale, Libreville, mes convictions s'envolent rapidement et je n'en suis pas fier. Malgré toutes les richesses de ce petit pays, sa capitale paraît comme abandonnée, après avoir subi un cataclysme naturel. Pourtant, comme dans toute ville africaine, la vie foisonne, et les librevillois sont toujours et bien là.
HOTEL NAPOLEON

Des coups de massue me sortent d'un sommeil lourd, que j'entretenais depuis près de 14 heures. La chaleur du pays m'avait transformé depuis quelques jours en un frêle voyageur, et mérité ou non, ce long repos, m'avait redonné des couleurs. Apparemment, quelqu'un avait pour mission de fracasser un mur, et il y mettait du cœur.
Nous étions arrivés la veille au Togo depuis la côte du Ghana, et un soleil de plomb nous avait accueilli à bras ouverts, et ne tenait manifestement pas à se faire oublier. Faire le tour des hôtels de Lomé sous une telle chaleur n'avait rien de divertissant. Le premier, ou presque, hôtel venu, avait fait l'affaire.
MARCHE FORCEE EN OUGANDA

District de Gulu, Nord Ouganda. Des enfants se déplacent par dizaines, sur les routes, à la tombée de la nuit. Depuis très longtemps, des mois, des années, on ne sait plus vraiment quand l'habitude avait été prise, on peut voir ces longues processions d'enfants ougandais. Et dès les premières lueurs du jour, le défilé s'étire dans le sens opposé. Un homme est responsable de ces migrations quotidiennes : Joseph Koni.
Sud Est du Kenya, avril 1999.
Un reportage est diffusé ce soir sur la télévision kenyane, la KBC,. Le sujet se passe au Nord de l'Ouganda.
Je partage avec quelques kenyans, un canapé un peu fatigué, qui fait face au poste de télévision de l'hôtel. Les touristes blancs sont partis goûter aux plaisirs nocturnes de la ville. Cela ne devrait pas leur prendre trop de temps : Kisii, la petite ville kenyane où nous sommes, n'est qu'un lieu de passage pour les touristes, qui se rendent soit à cent kilomètres plus au Sud, pour un safari dans la réserve du Masaï Mara, soit à 30 kilomètres à l'Ouest, pour admirer le lac Victoria, et les distractions y sont rares.
PISCINE ‘HUMANITAIRE’

Nous nous sommes donné rendez-vous à 15h dans le quartier résidentiel du centre-ville de la capitale. A cette heure-ci, le soleil s'en donne à cœur joie et j'ai l'impression malsaine de bouillir doucement, en attendant qu'un ami burkinabé ouvre le portail vert de la villa. Je ne pense même pas à sortir de la voiture transformée en cocotte-minute, et je découvre le jardin de la maison au travers du pare-brise, où semblent s'être écrasés tous les insectes du quartier.
Quelques jours auparavant, je discutais de la pluie et du beau temps avec des amis burkinabés, et précisément du beau temps. De cette chaleur qui commençait à devenir suffocante, alors que la période la plus chaude de l'année, n'arriverait que dans quelques mois, en avril. Les 40°C étaient atteints régulièrement en ce mois de décembre, je n'osais imaginer ce que l'on pouvait ressentir avec quelques degrés de plus. J'aime la chaleur pourtant, mais je trouvais que le Burkina Faso en faisait un peu trop : Ouagadougou me faisait la fête, c'était noël quelques semaines avant l'heure.
LA DEMOCRATIE DU COUCOU

Jean-Marie Tjibaou dans les années 1980, sort de l'oubli un texte écrit un siècle plus tôt par Louise Michel[1], titré 'La Démocratie du Coucou'. Ce texte décrit des étrangers qui s’installent chez vous, puis demandent un référendum pour savoir à qui appartient la maison. En mentionnant ce texte, Jean-Marie Tjibaou, comme Louise Michel, pensait à la Nouvelle Calédonie. Ce fut manifestement avec une logique comparable que l'île de Mayotte fut séparée du reste de l'Archipel des Comores, en 1975.
Mai 1978, Mayotte, petite Terre, Dzaoudzi.
Une soirée comme tant d'autres à Mayotte : le soleil, qui s'est couché depuis quelques heures, fait encore sentir sa chaleur, sans excès toutefois, et ce moment de la journée, est un délice, comme il doit l'être dans toutes les îles tropicales. On se laisse faire.
L'amie qui m'héberge, me propose d'aller voir un couple de sa connaissance, pour prendre l'apéritif. J'accepte volontiers, présumant que rien ne peut être désagréable au paradis. Le couple a un appartement dans une grande et belle maison, et je m'assois moelleusement dans un fauteuil confortable, mon apéritif à la main.
SURREALISME EN PAYS MALGACHE

Madagascar, octobre 1999.
Le malgache qui m'accompagne m'assure que cette petite maison un peu délabrée, est un hôtel… Nous poussons une porte qui paraît ne tenir en place que par sa propre volonté, et nous arrivons directement sur une pièce toute en longueur, qui sert apparemment de salle à manger, de salon, enfin surtout de salle de télévision pour le voisinage.
Pour accéder à l'accueil de l'établissement, nous devons traverser cette longue salle de divertissement, qui à cette heure-ci, est bondée. L'assistance est essentiellement composée d'hommes qui semblent fascinés par ce qu'ils regardent. Ils sont presque tous debout, alors que les chaises sont plus nombreuses qu'eux, et entre deux dialogues du feuilleton qu'ils dévorent des yeux, éclatent de rire. Nous arrivons tant bien que mal au comptoir de l'hôtel, où la patronne nous attend sans sourire. Le feuilleton manifestement ne la fait pas rire, à moins qu'elle ne l'ait déjà vu, ou que son humour soit trop masculin à son goût.
ABIDJAN - GRAND BEREBI

Côte d'Ivoire, avril 1999. Un autocar m'emmène vers Grand Bérébi, une petite ville côtière.
Au loin je vois comme une mer onduler, mais une mer grise où le soleil se reflète à peine. La mer bleue, la vraie, est juste derrière, à ce qu'il me semble. J'ai beau être ramolli par la chaleur ambiante, je ne peux croire en une illusion, car les voyageurs autour de moi, dirigent leur regard vers cette mer supplémentaire, sans s'en étonner toutefois. Ils connaissent le paysage.
Quelques heures plus tôt…
Il est aux alentours de sept heures de matin, lorsque j'arrive à la gare routière d'Adjamé à Abidjan. Quelques amis m'accompagnent. Nous devons, une amie béninoise et moi, prendre un autocar qui doit nous transporter vers une ville côtière de l'Ouest de la Côte d'Ivoire, presqu'à la frontière libérienne …
DE KIGALI A KINSHASA

Paul Kagame, l'actuel président du Rwanda, est sans cesse accusé de maintenir un régime autoritaire sur son pays, et de s'ingérer dans les multiples conflits de l'Est de la République Démocratique du Congo. Les forces armées massées aux frontières du Rwanda, constituées et dirigées pour partie par des extrémistes hutus, ne lui donnent-elles pas suffisamment d'excuses ? Ceux qui accusent le Rwanda, pensent que tout cela n' est que le prétexte à des intérêts territoriaux. Si ce jugement définitif était avéré, il ne reflèterait qu'une mauvaise habitude des puissances régionales et internationales, envers ce pays malmené et trop riche, qu'est l'ex-Zaïre.
François Mitterrand doit peut-être se retourner dans sa tombe, lui qui a approuvé le fameux couloir humanitaire dans la partie Sud du Rwanda, quand l'horreur du génocide rwandais prenait fin. La conséquence la plus remarquable de cette action militaro-humanitaire française, a été de permettre à des hutus, civils et militaires, responsables ou non de génocide, de quitter sains et saufs le pays, et de se réfugier de l'autre coté de la frontière, dans la province du Kivu… Triste nouvelle pour le grand pays voisin du Rwanda, qui n'avait pas besoin de cela et qui paye les pots cassés depuis plus de treize ans.
LA CROISIERE S’AMUSE
“Le Congo à l’orée des années 70 n’était pas endetté. Et avec la découverte de gisements pétroliers prometteurs, Marien Ngouabi président de la république d’alors, fît des projections de plein emploi et se lance dans un plan de développement basé sur les productions de pétrole futur car prometteur. Hélas c’est un échec car ne rentrant pas dans les magouilles politico-financières des majors du pétrole. Les gisements vont devenir subitement improductifs et les caisses de l’état se vident inexorablement. Survient alors une instabilité politique de circonstance, qui aboutit à l’assassinat de Ngouabi le 18/03/1977.”[1]
Sassou Nguesso, l'actuel président du Congo, a fait la suite, et dans la région, il n'a vraiment rien d'original.
Mais si le peuple congolais vit difficilement, il a au moins de quoi rire. Son président déborde d'imagination. Lors du premier tour des actuelles élections législatives[2], des congolais ont fait la queue devant des bureaux de votes en vain : les portes de certains d'entre eux se sont ouvertes à l'heure de la fermeture. Dommage.
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DROLE DE DOUANIER

Puerto Iguazü est la dernière ville argentine avant la frontière brésilienne. Elle est le point de départ des excursions vers les chutes d'Iguazü, et a son pendant, Fos de Iguasu, du coté brésilien. Vingt minutes de bus séparent ces 2 villes. On passe donc plus de temps avec les douaniers que sur la route, et ce n'est pas plus mal d'ailleurs, car cette route n'a rien de bien joli à nous montrer. Le tourisme relativement important de la région a dû obliger les douanes argentines et brésiliennes à se conformer à un standard international humaniste, car les douaniers font presque preuve d''amabilité.
CONFUSION ARGENTINE

En 1883, Sarmiento, politicien et écrivain argentin du dix-neuvième siècle, prédit la disparition totale de la race noire en Argentine dans les vingt années qui suivraient, et soutint que si un argentin voudrait voir un noir en 1900, il devrait se rendre au Brésil [1].
Conclusion définitive mais pas si hâtive que cela.
Lors d'un séjour à Buenos Aires, sans même connaître la prédiction de Sarmiento, je fus étonné de ne voir aucun noir dans les rues de la grande ville. Et si par hasard, j'en croisais un, il mâchouillait un chewingum, et ne cachait pas ses origines et son statut de touriste.
QUERELLES DARFOURIENNES

Si les troubles à l'ouest du Soudan ont diminué d'ampleur par rapport à ce qu'ils étaient il y a encore quelques années, c'est plus par manque de combattants que grâce à une communauté internationale, toujours aussi timide[1].
Il y a gros à parier que si l'amélioration continue, cette même communauté internationale n'y sera pas pour grand-chose. Deux exemples récents illustreront mon propos.
Le 25 juin dernier avait lieu à Paris la conférence “Rapprochement international sur le Darfour à Paris”. Que du beau monde : Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner étaient bien entourés (Condoleezza Rice, Ban Ki-Moon, Javier Solana…).
Trois phrases parmi d'autres, recueillies lors de la conférence de presse qui a clôturé cette réunion, auraient pu nous faire sourire, si le sujet s'y était prêté.
UN NOUVEAU PRESIDENT

Le nouveau président du Bénin, Yayi Boni[1], a du pain sur la planche. Un de ses chevaux de bataille, la lutte contre la corruption, est certainement un combat qui va lui demander une énergie et une volonté surhumaines. Même si son pays n'est pas le plus atteint de la région par cette gangrène, qui s'accomode de toutes les situations et s'empâte là où d'autres meurent de faim, un système bien rôdé de petits et grands trafics est en place au Bénin, et il ne se laissera pas tourmenter sans opposer de résistance.
Récemment j'ai traversé la frontière terrestre qui sépare le Togo du Bénin. Un ami burkinabé m'accompagnait, et son passeport CEDEAO qui devait théoriquement lui permettre de passer sans aucun visa ou paiement, ne lui fut pas d'une grande aide.
MALEDICTION ?
Un massacre cache un autre massacre, un génocide en nie un autre. Nous sommes toujours en Afrique. Une malédiction secrète à l'échelle d'un continent, frapperait-elle ces terres ?
Au plus fort de l'explosion de la crise du Darfour, en 2004, un triste anniversaire se préparait. Nous étions en mai 2004 et le Rwanda, dix après son génocide, n'en finissait pas de panser ses plaies. Comme au Darfour, la communauté internationale, qui, au travers de l'ONU, se targuait d'être le gendarme du monde, avait pris son temps et d'infinies précautions. La seule force qu'elle envoya sur place, n'eut jamais les moyens qu'elle demandait[1], et finalement la seule action d'envergure occidentale fut française.
LES ENFANTS DU DARFOUR

Le gouvernement central du Soudan vient d'accepter une opération hybride ONU/Union africaine au Darfour. Un début de solution pour sortir de cette tragédie, serait-il en vue ? Ce serait peut-être aller vite en besogne. Le pouvoir central à Khartoum n'en est pas à son premier reniement. Pourquoi ? Oui pourquoi ? Qu'est-ce qui se déroule au Darfour qui ne finit jamais ? L'horreur fascinerait-elle au point de nous faire oublier d'y mettre un terme ?
Tout et son contraire a été dit et écrit sur cette province soudanaise, et il est vrai qu'elle cumule tous les ingrédients pour cela : Les meurtres de masse provoquent toujours des effets surprenants sur des spectateurs, et les enjeux économiques et politiques au Soudan sont très importants. Les contradictions enflammées des médias ont donc des excuses, d'autant plus que les réalités qui se percutent dans cette région sont complexes, et rarement binaires[1]…
SURPRENANTE DIFFERENCE

Un voyage est toujours enrichissant…Traverser des frontières l'est également. Un récent séjour africain, m'a donné l'occasion d'emprunter la route qui va du Burkina Faso au Ghana, et de constater la différence de développement entre ces deux pays. Juste au point de frontière, ou presque, j'ai eu une étrange sensation que je ne veux pas mettre seulement sur le compte de la chaleur : les quelques kilomètres de route de part et d'autre de la frontière, semblaient s'être transformés en quelques années lumières. Pour qui connaît un peu l'Afrique, l'expérience éprouvante des voyages routiers et la vision de bas-côtés de routes salis par toutes sortes d'emballages, n'a rien de surprenant.
POURQUOI CETTE MISERE AVEC TANT D’AIDE ?
Samedi 9 juin 2007, France Culture diffuse l'émission “Répliques” d'Alain Finkielkraut. Le sujet “Faut-il avoir peur de la Mondialisation ?”. Un débat à trois : Laurent Cohen-Tanugi (avocat, essayiste), Jean-Claude Barreau (éditeur, journaliste et essayiste) et Alain Finkielkraut (philosophe).
Une remarque d'Alain Finkielkraut attire mon attention : il dit s'affliger et s'étonner que l'Afrique continue de s'embourber dans son éternelle misère, alors qu'il a entendu cette semaine à la radio (!) que lors du sommet du G8, les dirigeants des pays les plus riches de la planète se seraient félicités de leur aide constante et réussie apportée au continent noir. Mais alors pourquoi cette misère avec tant d'aides, s'interroge-t-il subitement ?
En effet pourquoi ?







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